Présentation

intelligencia

Pseudo: Ali SAMICatégorie: Tout et rienDescription:
Le Lion indomptable intelligencia@maktoob.com
Recommander ce blog

Newsletter

Inscription à la newsletter
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    
Mercredi 14 Mai 2008

Le sionisme chrétien

dimension fondamentale du conflit arabo-sioniste

 

A l’inverse du réductionnisme méthodologique, notre approche du conflit arabo-sioniste reposera sur une analyse de type systémique : il s’agit d’être attentif moins aux objets qu’aux relations. Le sens d’un fait ne réside pas seulement dans ses caractéristiques propres, mais aussi dans la trame des rapports qui se tissent autour et à travers lui.

 

Dans cette analyse, le conflit entre l’entité sioniste et la Palestine forme et constitue un système qui n’est intelligible que dans la mesure où nous l’inscrivons dans un méta-système qui est constitué par la relation conflictuelle entre l’Occident et le monde arabe et musulman. Cette relation mérite elle-même d’être articulée avec la relation conflictuelle entre le Nord et le Sud (ou pour reprendre une autre image le Centre et la Périphérie ).

 

Ces élargissements successifs ne sont pas uniquement spatiaux. La profondeur temporelle se trouve elle aussi affectée et il convient, pour ne pas réduire la compréhension du conflit arabo-sioniste à sa temporalité immédiate, de contextualiser selon une longue histoire ce conflit. Ici, nous voudrions tordre le coup à une idée répandue qui le fait remonter à Theodore Herzl et son projet colonial datant de la fin du XIXème et du début du XXème siècles.

 

En réalité, nous voudrions souligner que ce conflit n’est pas intelligible si nous ne saisissons pas les enjeux d’une dynamique concrète, sociale et historique qui est celle de la Réforme protestante aux XVIème et XVIIème siècles. En effet, nous voudrions rappeler que la genèse du projet colonial sioniste procède d’une certaine théologie chrétienne protestante.

 

Cette analyse systémique particulière se doit d’être également transdisciplinaire car les ressources de la seule science politique ou du droit international ne sont pas suffisantes. La théologie et l’anthropologie culturelle doivent aussi être mobilisées. Mais la transdisciplinarité ne se contente pas de la seule sphère de la raison académique et dans notre compréhension de ce conflit ce sont aussi les forces de l’intuition que nous voulons convoquer.

 

Les Occidentaux, régulièrement, à travers leurs médias, leurs intellectuels et leurs dirigeants politiques, considèrent que la paix entre juifs et Palestiniens suppose l’intervention d’un tiers neutre ou, en tout cas, d’un tiers qui n’as pas de responsabilités directes dans la cause du conflit. Conflit entre « Juifs et Arabes », entre « Juifs et Musulmans », les lectures schématiques abondent.

 

Le point commun entre elles, outre leur essentialisme, est que l’Occident se voit exonérer de toutes ses responsabilités originelles. Les Occidentaux considèrent même qu’ils font le pari de la paix en critiquant les uns et les autres. En fait, si la terre palestinienne, et par extension la terre arabe, est le lieu de l’existence (au sens de manifestation) du conflit arabo-sioniste, son essence (ses causes profondes) réside dans l’histoire même de l’Occident, de l’Europe issue de la Réforme aux Etats-Unis. Le projet sioniste en Palestine (c’est-à-dire l’installation des Juifs en terre palestinienne) ne relève pas uniquement du judaïsme comme le prétendent beaucoup de personnes, mais d’une dérive politico-théologique qui remonte au christianisme, plus particulièrement protestant.

 

Sola scriptura ! Par l’Ecriture seule ! Ce principe est l’un des axes fondamentaux de la Réforme protestante initiée par Luther (1488-1546). Il affirme que la Bible (l’Ancien Testament et Nouveau Testament) est la référence ultime de la foi chrétienne. Alors que la version latine de la Bible (Saint Jérôme, Vème siècle) est, de facto, monopolisée par les élites religieuses et intellectuelles de l’Europe chrétienne, la Réforme (dite aussi réformation) démocratise en quelque sorte l’accès aux écritures dites saintes. Les traductions dans les langues vernaculaires se développent et les Protestants jouent un rôle essentiel dans ce processus religieux et culturel (la traduction de Luther en Allemand).

 

Dans quelle mesure ce principe, Sola scriptura, intervient-il dans notre questionnement de départ, à savoir la collusion originelle entre christianisme, protestantisme et projet sioniste en Palestine ? En fait, cette fameuse démocratisation et l’élévation de la Bible au rang de clé de voûte d’une identité chrétienne centrée sur le Christ s’est réalisées dans un contexte historique particulièrement conflictuel. Rappelons, pour notre propos, que durant les XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, l’Europe romaine se lança dans un processus de « reconquête » religieuse afin de contrer la Réforme. Dans le sillage de cette Contre-réforme, ou « Réforme Catholique », les Protestants subissent d’innombrables persécutions.

 

Or, cette situation devait laisser sur la conscience protestante une empreinte singulière et, dans le contexte de la généralisation de la Bible , elle favorisait à une identification avec les Fils d’Israël persécutés dans l’Egypte des Pharaons. On peut légitimer considérer cette théologie identitaire comme étant l’une des sources de la solidarité « civilisationnelle » qui cohére le monde occidental et l’entité sioniste.

 

Cette théologie protestante qui identifie les Protestants persécutés des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles aux Fils d’Israël de l’Antiquité va trouver en Amérique du Nord une terre d’accueil. A bien des égards, le rapport entre les Etats-Unis et l’entité sioniste, loin d’être réductible à une simple alliance politico-militaire conjoncturelle, se voit enraciné dans l’histoire anthropologique de pays.

 

 

Samedi 08 Décembre 2007

De l’american way of life

 

à l’american way of war

 

Quand on parle de l’Amérique, plusieurs sentiments nous viennent à l’esprit, celui de la fameuse conquête de l’Ouest, qu’il faut préciser faite sur le dos d’indigènes "les amérindiens", des massacres en série, un véritable génocide d’un peuple ; qui nous rappelle l’esclavagisme sur lequel on peut écrire une collection de livres ; qui nous rappelle aussi la traque haineuse des communistes lors de la «chasse aux sorcières». Mais, aussi le fameux rêve américain «american way of life», un mythe qui se traduit par la réussite pour chacun, indépendamment de sa race et de sa religion !

 

Lorsqu’on sait que les états unis d’Amérique, pays le plus riche au monde, comptent 40 millions de pauvres pour la plupart des Afro-Américains et des Latinos, lorsqu’on sait comment les USA ont maté les mouvements sociaux des années 60 et 70 (assassinats, espionnage, infiltration, dissensions des mouvements en plusieurs fractions qui s’entretuent, dresser les uns contre les autres, calomnie, enfin la liste est longue et je laisse l’honneur de la compléter aux américains eux-mêmes)… lorsque on sait tout cela, ça nous laisse perplexe.

 

Aussi, un autre sentiment de répugnance, nous vient à l’esprit, sur cette Amérique qui dicte aux autres sa vision des droits de l’Homme avec patriot act, Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram, Palestine, Liban, Aljazeera, Black waters (la plus importante organisation terroriste du monde après l’armées US, l’armée sioniste, le Mossad, les juivistes en Palestine et devant la Ligue de Défense Juive (LDJ), le Betar et le Ku Klux Klan avec ses néo-acolytes), etc.

 

Pourtant, l’Amérique ne cesse de se vanter que dans cet immense continent et contrairement à l’Europe, chacun peut courir sa chance, s’il est américain ! Après les évolutions sanglantes des luttes pour l’émancipation des Noirs avortées et pas encore achevées, la société américaine est devenue un melting-pot, mais de façade uniquement, sous le quel prédomine la culture des croisades et un extrémisme Ku Klux Klan à la sauce évangéliste. Par comparaison à l’Europe, on pourra toujours dire que ce n’est pas demain que l’on verra un ministre allemand d’origine turque, ce n’est pas demain que nous verrons un ministre britannique d’origine indienne en Grande-Bretagne et ce n’est sûrement pas demain ni même après-demain que nous verrons en France, chantre autoproclamé des «droits de l’Homme», un arabe élu au parlement. Quant aux États-Unis d’Amérique, de pareils apparitions représentent le phénomène de "Black de service" qu’autre chose ; car le pouvoir réel reste entre les mains du lobby militaro-financier, du lobby judéo-sioniste et du lobby du pétrole. Quant à l’Europe, qui s’est bâti par opposition au musulman et qui se veut chrétienne, l’ascenseur social est en panne, il est grippé, comme on le sait, par des préjugés chauvinistes basés sur l’ethnie, mais surtout la religion et qui n’ont pas pris un pli depuis le XIXème siècle avec les Renan, Ferry, Gobineau, Chamberlain, voire les chantres comme Kipling et son «white man burden».

 

Un autre sentiment de dégoût est celui d’une Amérique rétrograde qui n’a aucun repère moral et aucune éthique et qui terrorise les peuples du monde avec la multitude d’attentats au sein des autres états, au sein des différentes communautés d’Irak et du Liban et même sur son propre territoire ; une mise en pratique de la plus cynique des théories, la «théorie du fou» chère à Richard Nixon et qui consiste à provoquer l’épouvante chez votre adversaire qui doit être convaincu que vous êtes capable de tout... Malheureusement, L’Amérique reste encore pour beaucoup de peuples du monde leur Graal.

 

Qu’est-il, actuellement, de la prétendue première démocratie du monde ? On dit que les Etats-Unis auraient 1.000 bases militaires dans le monde pour, nous dit-on, apporter sa démocratie aéroportée. Les Etats-Unis recherchant la légitimité et le soutien, ou tout au moins l’acceptation, de leurs actions belliqueuses, promet des boîtes de Pandore au premier président venu dans son vertige de puissance.

 

Un Américain moyen dépense 08 tonnes de pétrole par an, il envoie dans l’atmosphère 20 tonnes de CO2 et il ne veut pas réglementer ses rejets et fermer sa cheminée. L’ignorance des américains des civilisations du monde, couplé à une déformation des faits et des récits, leurs donnes le sentiment éphémère de précurseurs.

 

La patrie de George Washington et d’Abraham Lincoln devrait comprendre qu’elle a un magister moral envers son propre peuple avant de s’immiscer dans les affaires internes des autres pays qui se trouvent préalablement dans des situations difficiles sinon critiques. S’il est vrai que «la vieille Europe» pour reprendre l’expression de Donald Rumsfeld, Europe qui a donné naissance à l’Amérique, est sur la pente du déclin des valeurs, et que l’Amérique reste pour beaucoup et à tord, le Fort Knox de la morale et du sentiment religieux ; pour nous arabes, musulmans, africains et tiers-mondiste, cette Amérique, assistée par sa vieille Europe, reste l’oppresseur qui ne veut pas nous laisser vivre en paix, le manipulateur par excellence, celui qui maintient des régimes totalitaristes pour réaliser ses objectifs morbides de domination et d’asservissement.

 

Le problème est que le monde arabe et le monde musulman sont perçus par un panorama de centres de recherches et relatée dans les médias américains belliqueux, par une propagande bien élaborée et très bien ficelée, comme une incarnation du mal, de la terreur. Or la réalité prouve exactement l’inverse. Les américains reflètent leur image en parlant d’extrémisme, de terrorisme et d’inculture. Mais comme une taupe, l’Amérique poursuit son comportement impérialiste et outrancier.

 

Le problème des peuples arabes, des peuples musulmans et des peuples africains mal gouvernés par des potentats sans réelle dimension, est qu’ils aspirent à un mieux-être, à la dignité, à la démocratie, à l’alternance au pouvoir, à l’éducation, bref, à la promotion et l’émancipation de tout citoyen, mais qu’ils refusent de lâcher leurs identités ou leur repère religieux. Le problème est que les masses sont constamment humiliées par la politique qui prévaut au monde en voie de développement. Elles sont naturellement écœurées quant à cette vision des choses qui consiste à imposer «l’american way of war» avec le bourbier irakien et son cortège journalier d’horreur et de déshonneur… un bain de sang au quotidien.

 

L’invasion de l’Irak a été prédéterminée, de nombreux secteurs de l’administration Bush l’invoquant pour leurs propres desseins. Ces raisons étaient d’ordre impérialiste sous prétexte du 11 septembre 2001, sur lequel beaucoup de flou prédomine et beaucoup d’interrogations, cachant la plus évidente de toutes «le rôle central du pétrole». Son objectif est de modifier, encore plus, à son avantage l’environnement politique international, par l’intimidation résultant de l’utilisation éhontée de la force armée, se présentant ainsi en leadership des pilleurs des biens d’autrui. Sans grande surprise, car les USA auront emprunté un bien curieux cheminement pour se hisser au sommet du pouvoir mondial, le parfait contre-exemple.

 

En ce qui concerne la supercherie américaine du 11 septembre 2001, Avec un Rudolph Guliani zélé, la ville de New York avait optait pour une deuxième croisade envers un milliard et demi de musulmans, après celle entreprise le siècle passé en colonisant la Palestine. Sauf si ce Guliani n’a pas étudié les nombres à l’école, comme ses prédécesseurs du Stern et de la Haganah , une pareille opération est révolue et mathématiquement irréalisable, au plus grand dam de Bush et compagnies.

 

Il n'y a ni amour ni défense des droits de l’Homme ici. Si les sentiments sont faits pour attendrir les pauvres, l'essentiel est ailleurs. De froids calculs bassement terrestres dictent l'accouchement forcé d’un G.W. Bush comme président des USA en 2000 et la mutation qui l'accompagne.

 

Mais les tentatives de faire de l’Afghanistan, puis de l’Irak, des démonstrations de l’invincibilité militaire des Etats-Unis se termineront par le résultat exactement inverse et mettront en exergue les limites de cette puissance militaire. Ainsi, il est possible de combattre l’armée américaine, ses acolytes et ses mercenaires, jusqu’à aboutir à un cul-de-sac, ce qui est une victoire bien réelle dans une lutte de guérilla. Aussi, une résistance soutenue, dans une partie de l’empire, affaiblit l’empire dans son ensemble, neutralise sa force de dissuasion et anéantisse sa fameuse puissance de frappe. Ce qui fait de l’hégémonie occidentale, et surtout américaine, un événement en voie de déclin définitif. Car, face aux guerres asymétriques la puissance militaire n’a aucun sens.

 

Les administrations américaines, qui se veulent factieuses, défendent depuis longtemps et farouchement les intérêts des industries de l’armement, du tabac, du pétrole et toutes les industries polluantes, afin disent-elles de combattre le chômage et soutenir la croissance de cette belle contrée. Raisonnement enfantin, car la chute de l’empire stoppera irréversiblement cette croissance, plus fragile qu’on le croit, faite sur le malheur des autres peuples du monde, et décuplera le nombre de chômeurs qui seront obligés de changer de pays pour trouver du travail.

 

La crise de surproduction crées dans le système capitaliste par la combinaison de la concentration du capital et la domination de la finance, résulte un fossé grandissant entre le potentiel productif croissant du système et la capacité des consommateurs d’en acheter la production. D’où la nécessité de marchés extérieurs non productifs et sociétés de consommation à outrance pour maintenir le carde de vie fastueux des 02% de la population mondiale, insultant ainsi les 98% d’êtres humains restant, dont une grande partie vie dans une précarité révoltante.

 

Au final, l’hégémonie occidentale et sa crise de légitimité deviennent de plus en plus déplorable. Le déploiement militaire outrageux et la course à l’expansion économique offensante ont été accompagnés par le leurre américain de démocratie, qui n’est, désormais, plus crédible dans le monde, et est même encore moins convaincant à l’intérieur des Etats-Unis tant les droits de l’Homme y sont restreints au nom d’une sale guerre qualifiée d’antiterroriste, par entre autres une accaparation des plains pouvoirs. Cet abus de pouvoir flagrant viole les droits constitutionnels du citoyen américain et les droits des citoyens des autres pays.

 

On dit souvent que la politique américaine est devenue agressive depuis qu’ils ont dépassé le peak oil prévu par King Hubbert. De ce fait, ils doivent s’assurer des sources d’approvisionnement sûres et pérennes, au besoin, par la force. On remarque que les dizaines de bases américaines ne sont pas loin des routes du pétrole. Au prix d’un million de morts et plus de 04 millions de réfugiés et déplacés, le bourbier irakien est devenu une leçon pour le monde ; l’invasion de l’Irak et son asservissement est un crime contre l’humanité et le génocide programmé d’une civilisation. Les États-Unis d’Amérique doivent, avant tout, conjurer leurs vieux démons et se retirer d’Irak, d’Afghanistan, de la Corne de l'Afrique, de Palestine et des eaux du golfe. Ensuite,  les USA doivent s’offrir une alternative à la panne d’espérance de 40 millions d’êtres humains de son propre peuple, ces 40 millions d’américains marginalisés. Mais, il faut aussi que Washington comprennent, une fois pour toutes, que ses soldats, ses mercenaires et ses vassaux ne sont plus les bienvenus chez nous et qu’il est temps que l’Amérique retienne la leçon au moins cette fois-ci, sinon ils resteront, comme leurs amis Gaulois, les mauvais élèves du monde pour d’autres décennies encore.

 

Identiquement répressives, identiquement restrictives, envers les musulmans, il faut aussi qu’ils comprennent que le malheur des peuples du monde en voie de développement reste cet occident impérialiste, qui se croie invincible, du quel on peut s’en passer. Nous avons, nous aussi, des idées, des compétences et de l’argent. Et contrairement à ce que vous véhiculez ! C’est vous qui avez besoin de nous, pas le contraire.

 

Samedi 08 Décembre 2007

La tragédie arabe



Les archaïsmes qui nourrissaient la régression arabo-musulmane se mesurent aisément à l'aune du désert culturel et du totalitarisme. Or, le patrimoine intellectuel arabo-musulman renferme quatre millions de manuscrits. Devant un tel monument, d'autres civilisations font pâle figure : les manuscrits grecs sont de soixante mille et les latins de quarante mille. Faute de chercheurs en nombre suffisant, ce patrimoine n'est toujours pas exploité. Outre qu'ils se désintéressent de leur patrimoine bibliographique, les Arabes éditent très peu : avec 05% de la population mondiale, ils ne publient que 01% de livres. La décadence ne s'arrêtant pas là, elle est alimentée par un repli sur soi.
Après des records de longévité au pouvoir, les régimes arabes enregistrent un autre record peu enviable et bien triste : la censure. Aujourd'hui, un best-seller arabe ne dépasse pas les 5.000 exemplaires. Les Arabes, pour les plus riches d'entre eux, s'adonnait à d'autres plaisirs que la lecture. Les plus pauvres, faute d’argent, n'ont pas les moyens de se cultiver, car ils passent la plus grande partie de leur temps à chercher de quoi vivre une vie descente.
D'ailleurs, en ont-ils besoin de se cultiver et pourquoi faire ? L'éveil qui peut en résulter comme menace à l'arbitraire des régimes permettant de redorer le blason d’une civilisation ancestrale donne l'image exécrable de la pauvreté sociale et culturelle de la population arabe sous le règne de la tyrannie des régimes d’une part et du lavage de cerveau soigneusement orchestré par l’Occident d’autre part.
L'anti-intellectualisme des régimes arabes est illustré par une première équation statistique des plus élémentaires : ils publient 01% des livres mais consomment 30% de la totalité des achats mondiaux d'armements. Pire, pour les achats de chars et d'artillerie, ils dépensent par tête d'habitant plus que l'ensemble des 30 pays d'Europe membres des anciens pactes de l'Otan et de Varsovie. Pourquoi faire ? Pour mener des guerres ? Ils ne savent que se faire la guerre. Et l'hémorragie ne s'arrête pas là. Après une première guerre faite à l’Iran par procuration (première guerre du Golfe), la seconde guerre du Golfe (contre l'Irak, consécutive à l’occupation du Koweït 1990-1991) a coûté 670 milliards aux pays arabes, tandis que l'invasion américaine de 2003 se soldait par des pertes de mille milliards de dollars au PIB. En quoi tous les conflits fratricides ont servi des intérêts arabes !?
Ainsi, les régimes arabes ne lésinent pas sur les dépenses lorsqu'il s'agit de se faire la guerre entre eux, plus souvent par procuration, ou pour réprimer les groupes porteurs de programmes alternatifs à leur défaite, allant jusqu'à sous-traiter la torture pour passer à la question des citoyens, dont leurs droits constitutionnelles sont bafoués, peu bavards ou inintelligibles pour les organisations terroristes «CIA et FBI».
Et la violence institutionnalisée n'est que la face cachée d'autres réalités plus tristes. L’Occident soutient corps et âme la colonisation de la Phalestine après avoir soutenu et préparer la croisade menée par les terroristes du Stern et de la Haganah appuyée par la Grande-Bretagne, premier responsable historique d’une injustice qui a causé à plusieurs centaines de milliers d’Arabes la perte de leurs maisons, leurs terres, leurs familles et/ou leurs vies. Des villes nettoyées, des villages rasés, des terres spoliées, terrorisant la population, les terroristes juifs du Stern et de la Haganah ont volés un pays à ses propriétaires. Pis, le 21 août 1969 c’est la mise à feu du Dôme de la Mosquée Al Aqsa, un des trois Haut Lieu Saint de l'Islam.
En sous-traitant son déploiement par le biais d’autocraties vieillissantes, Washington s'assure par la même occasion de l'avènement de la vision la plus pauvre qu'ait jamais connue l'histoire de l'Islam. Le choix de l’Irak comme porte-drapeau du rêve américain dans la région, transformé en bain de sang, reste la meilleure preuve de la perversité abominable des administrations américaines, ce qui n’amoindrie pas la responsabilité de leurs alliés.
Quant au “The Quincy Agreement”, du nom du croiseur américain Quincy sur lequel a été signé en février 1943 l'accord entre le président Franklin Roosevelt et le roi Abdelaziz Al Saoud (accord aux termes duquel les États-Unis d’Amérique assurent leur protection inconditionnelle à l'Arabie Saoudite, considérée comme relevant des “intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique”, en contrepartie d'un ravitaillement énergétique américain à prix compétitif), il est caduc et non avenue.
“The Quincy Agreement” ayant assuré les approvisionnements énergétiques des États-Unis d’Amérique à un très bas prix durant fort longtemps, plongeant ainsi le reste des pays producteurs dans des situations économiques très difficiles, il leur restait à développer une sorte d'accoutumance à leurs propres valeurs ou, faute d'y mouler leurs vassaux, de les dompter au moyen de ce que la terminologie militaire appelle “le tir de saturation tous azimuts”.
Longtemps avant l’invasion de l’Irak, les États-Unis d’Amérique avaient entrepris de domestiquer l’opinion arabe en vue de la rallier à sa cause, plus précisément de la faire bénéficier des bienfaits de l’«American way of life», en vue de l’impliquer dans son grand marché de consommation.
Les dix sept millions de tracts lancés sur l’Irak avant son invasion par l’armée américaine, en mars 2003, de même que les «commandos-solos», les trois nouveaux mousquetaires de la «Pax americana» (Radio Sawa, la chaîne tv Al-Hurra et la revue Hy), les rançons promises pour encourager la délation et la collaboration ne sont que les multiples et récentes facettes d’une même politique. En d’autres lieux, les États-Unis d’Amérique payaient 5.000 dollars en contrepartie de chaque étranger capturé sur le territoire afghan, après son invasion. Et qui se sont retrouvés après leurs captures, la plupart du temps par des bandits, au bagne de Guantanamo ; dans ce qui deviendra une violation des plus criante des droits de l’Homme.
La stratégie médiatique mise au point durant la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1944) sur le plan de l’information -«le principe de la Liberté de l’information et de libre accès aux ressources»- n’est en fait qu’une variante de la stratégie militaire américaine formulée dès 1942 par l’Amiral Harrisson avec sa «théorie des anneaux maritimes», la version «soft» d’une diplomatie «hard». Matérialisée par une carte géostratégique, «la Carte Harrisson», elle traduit les intentions des États-Unis d’Amérique de prendre en tenaille la totalité du monde euro-asiatique en articulant la présence américaine selon un axe reposant sur trois positions charnières - le Détroit de Behring, le Détroit de Hormuz et le Détroit de Jabal Tarik - dans une stratégie visant à provoquer une marginalisation totale de l’Afrique et le contrôle de la voix des pétroliers et du commerce mondial. Elle vise aussi à confiner, dans un cordon de sécurité, un périmètre insalubre constitué de Moscou, Islamabad, Delhi, Pékin, contenant ainsi la moitié de l’humanité (trois milliards de personnes), la plus forte densité humaine et la plus forte concentration de production de drogue de la planète, autant qu’abri de plusieurs tyrannies dont des ex républiques soviétiques.
L’intérêt porté très tôt pour le Monde arabe ne relève donc pas uniquement du zèle humanitaire ou de l’exotisme tropical. Il répond avant tout à des considérations de haute stratégie car au delà du pétrole, deux des anneaux maritimes assurant la jonction des voies transocéaniques (le Détroit de Jabal Tarik, la jonction Océan Atlantique – Mer Méditerranée, et, le Détroit de Hormuz, la jonction Golfe arabe – Golfe d’Oman – Mer d’Arabie – Océan Indien), se situent dans l’espace arabe. Dans le même contexte, on peut ajouter le canal de Suez pour le quel une guerre abjecte a été mené à l’Égypte de Nasser par une coalition Siono-Franco-britannique en 1956, guerre de Suez.
Mais aussi, le détroit de Bab al-Mandeb, la jonction Mer Rouge – Golfe d’Aden – Océan Indien, hautement surveillée par une base française se trouvant à Jibouti. A ce titre, Jibouti a directement bénéficié de l’ouverture du canal de Suez et sert, aujourd’hui encore, d’aire de stockage pour les gros navires ne pouvant franchir le canal. En 2003, une force américaine de plus de 1.500 soldats vient s’installer à Jibouti, s’ajoutant aux 2.800 hommes des Forces françaises de DJibouti (FFDJ). La stratégie maritime américaine visant à contrôler tous les détroits et canaux maritimes du monde a conduit les États-Unis d’Amérique à commanditer un coup d’Etat au Panama et son invasion par la suite, sous de faux prétextes. Le Monde arabe, l’Iran et la Turquie se trouvent dans une zone hautement stratégique et même névralgique puisque ils contrôlent en partie ou en totalité six détroits et un canal, d’où la volonté occidentale de les domestiquer, sous n’importe quel prétexte.
Psychologique autant que sémantique, la bataille médiatique, quant à elle, est essentiellement au départ une guerre des ondes. Elle devient par la suite une guerre d’images et de sons et vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur (en l’occurrence la puissance émettrice) en lui imposant son propre vocabulaire, et, au delà, sa propre conception du monde. Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet se fait sentir sur le long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal.
Dans la guerre des ondes, règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tal Ar-Rabih» (La colline du printemps) ? Un demi-siècle d’émissions radiophoniques successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle. “Tal Ar-Rabih” est désormais mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque : Tel-Aviv, la grande métropole sioniste en Phalestine sous colonisation. Le travail de sape est permanent et le combat asymétrique.
Se superposant aux émissions profanes qui se présentent parfois comme les sous-traitants d’une politique de puissance de leurs pays d’origine, les radios religieuses occidentales ont essaimé le long des rives de la Méditerranée, au fil des ans, au gré des rebondissements de conflits régionaux et des ardeurs belliqueuses de pacifiques commanditaires, dans une totale discrétion qui ne masque pas pour autant l’assourdissante présence radiophonique puis télévisuelle occidentale. A en juger par la progression de l’Islam dans le monde, cette sursaturation hertzienne ne paraît nullement justifiée par ses résultats. Elle plonge de ce fait bon nombre d’observateurs dans un abîme de perplexité.
Sauf à vouloir y déceler la marque d’une stratégie à long terme [misant sur une lente imprégnation d’une zone à fort flux migratoire (un bassin de 46.000 km de côtes longeant la vingtaine de pays méditerranéen : Espagne, France, Italie, Slovénie, Croatie, Bosnie, Monténégro, Albanie, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Phalestine, Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Malte, Chypre du nord, Chypre du sud)], le ciblage des minorités ethnico-religieuses d’une zone en proie à des forces centrifuges relève à tout le moins de la gageure. A moins qu’il ne s’agisse d’une cécité politique puisant son origine dans un néo-intégrisme occidental ou plus simplement dans une redoutable méconnaissance de la contexture régionale. La propagation par la voie des ondes des valeurs spirituelles de l’Occident face à la rive musulmane de la Méditerranée, ainsi que sa vision sordide du conflit arabo-sioniste, l’a plongée volontairement dans des agitations fratricides à caractère religieux et/ou ethnique.
L’acharnement de ces prédicateurs d’un type nouveau s’apparente, par moments, à une machiavélique provocation, à moins qu’il ne s’agisse d’un pré-positionnement de ces «moines-soldats» acquis à la théorie prospective de Samuel Huntington sur le «Clash des civilisations» des sphères géo-religieuses que nous réserve le XXIème siècle et dont l’auteur considère l’Islam comme «l’ennemi potentiel de l’Occident». Paradoxalement et soigneusement occulté des débats, ce débordement cacophonique ne fait l’objet d’aucune publicité, ni non plus de la moindre interrogation sur ses fondements. À cet effet, la même théorie s’est développée au sein de l’Otan au moment de la ruine du pôle soviétique, lorsque Margaret Thatcher (Premier Ministre de la Grande-Bretagne en cette date) avait annoncé que dorénavant c’est l’islam qu’il faut combattre après la défaite du communisme. La même théorie, aussi, s’est développée, au même moment, au sein du partie républicain par des idéologues néo-conservateurs assoiffé de pouvoir et de sang (c’est le clan de Dick Cheney : Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Condoleeza Rice, John Bolton, etc.) ; c’est le rapport wolfowitz. Mais ce que madame Thatcher et les néo-conservateurs ignoraient, c’est que l’islam est religion des prophètes, et que l’islam est adopté par un milliard et demi d’adepte à travers le monde, et que l’islam a produit une civilisation de plus de quatorze siècles qui passe par des moments difficiles certes, mais éphémères. Mais le plus importants de tous est que l’islam a un Dieu qui le protège, le seul et l’unique Dieu. C’est une religion qui ne s’éteindra jamais, quoi qu’il arrive.
Conséquence du conflit arabo-sioniste et les invasions faites au monde arabo-musulman, l’effondrement des structures familiales et la recomposition des alliances claniques donnent lieu à une prolifération de groupuscules se proposant de développer des solidarités parallèles en marge des réseaux habituels. A la faveur de l’aspersion continuelle des Méga-radio religieuses occidentales, le prosélytisme connaît un regain de vigueur au Liban, en Phalestine, en Irak ou en Afghanistan et dans les pays du Maghreb, en Algérie et au Maroc. Les chapelles relevant du protestantisme militant tout comme les “Témoins de Jéhovah” se montrent forts actifs au sein des couches paupérisées des fractions chrétiennes et des musulmans désireux de modifier leurs conditions de vie postcoloniales. Un engouement qui s’explique par l’illusion d’un débouché ou encore par l’indéniable attrait qu’offre, en cas de conversion, la possibilité d’un recyclage en Occident, plus particulièrement aux États-Unis d’Amérique ou au Canada. Ainsi la multiplication de zélés propagateurs de la Foi, tel le groupe des “Missionnaires de l’Évangile” se veut propagandiste.
Les États-Unis d’Amérique, autant que l’Europe, auront constamment cherché à rendre leurs ennemis inaudibles, au besoin en les discréditant avec de puissants relais locaux ou internationaux, tout en amplifiant leur offensive médiatique. Les auditeurs sont noyés sous un flot d’informations, de désinformation et de surinformation qui mène à une perte de repères dont le but est d’en faire de parfaits «analphabètes secondaires». Non des illettrés ou des incultes, mais des êtres étymologiquement en processus de «désorientation», psychologiquement conditionnés et réorientés dans le sens souhaité.
Pur produit de la phase d’industrialisation, de l’hégémonie culturelle du Nord sur le Sud, de l’imposition culturelle comme un préalable à l’envahissement et à l’enrichissement des marchés, l’analphabète secondaire n’est pas à plaindre, car il est victime d’une machine lourde et pesante. Bien qu’en arme à double tranchant, elle lui permette de fuguer un quotidien monotone et cyclique, à défaut d’être malheureux, et de voyager ainsi dans le temps et l’espace, le temps d’une émission divertissante. Mais en revers de la médaille, la perte de mémoire dont il est affligé ne le fait point souffrir. Son manque d’obstination lui rend les choses faciles. Il apprécie de ne pouvoir jamais se concentrer et tient pour avantages son ignorance et son incompréhension de tout ce qui lui arrive et l’entour.
Entre le prosélytisme et la prédication libérale, la convergence est manifeste et les intérêts concordants. La lutte pour la spiritualisation du monde lancée dès la fin de la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945) par les Américains rejoint ainsi les préoccupations des groupes de pression aussi bien les multinationales financières que les «Fondations Philanthropiques» américaines, souvent des bras financiers de la CIA, que les conglomérats religieux et les entreprises sectaires. Tous conjuguent leurs efforts pour chercher à imposer les valeurs américaines à travers la mondialisation par une anticipation hardie de la société des loisirs. Par une inversion radicale du schéma économique, la loi de l’offre et de la demande se décline désormais selon un mode radicalement différent. La fabrication du désir de consommation détermine désormais l’activité d’une entreprise. En d’autres termes, ce n’est plus le consommateur qui commande le rythme de la production mais le producteur qui orchestre désormais le désir de consommation. Le contrôle de l’appareil de production parait compter désormais moins que la maîtrise de la demande de consommation. Le citoyen actif cède ainsi le pas au consommateur passif, l’aventurier de l’esprit au télé phage, le journaliste à l’animateur de divertissement, le patron de presse au capitaliste entraînant du coup le glissement du journalisme vers le règne de l’«infotainement» néologisme provenant de la contraction de l’information et de l’entertainement (terme américain de divertissement).
La mondialisation des flux d’information permet ainsi la mise sous perfusion éditoriale d’un organe de presse et par voie de conséquence la sédentarisation professionnelle de l’information, stade ultime de l’analphabétisme secondaire.
Toutefois ce viol du monde par la publicité et la propagande par la profusion des sons et des images, dans le paysage urbain, sur les écrans, dans la presse, au sein même des foyers, se heurte à des résistances éparses mais fermes. De même que le monopole du savoir par la technocratie est battu en brèche, sur le plan international, par des contrepouvoirs notamment les acteurs paraétatiques, démultipliant les sources d’information non contrôlées, de même l’informatique développe au niveau de l’information une sphère d’autonomie contestataire à l’ordre mondial américain ou européen.
Chaque percée technologique s’est accompagnée d’une parade. A la cassette, a succédé le fax, les sites Internet et enfin le blog, journal électronique en ligne, dont le développement s’est accéléré depuis l’invasion de l’Irak et la dernière campagne présidentielle de George Bush Jr. (2004), des parades qui ont retenti comme la marque d’une revanche de l’esprit contestataire et de la sphère de la liberté individuelle, en réaction au matraquage et à la propagande capitalistique des médias.
Quelque soit la force d’attraction de l’Amérique, ou de l’Europe par ces temps, sa force de persuasion, la puissance de feu du corps expéditionnaire américain au Moyen-Orient et la puissance de sa force de frappe médiatique dans l’ensemble arabe, le meilleur antidote à l’homogénéisation des esprits et du Monde réside toutefois dans les entorses aux valeurs fondatrices de la Démocratie : L’assassinat des journalistes (deux collaborateurs d’Aljazeera assassinés, l’un en Afghanistan, Rachid Walid en 2001, l’autre en Irak, Tareq Ayyoub en 2003, un troisième en captivité au bagne de Guantanamo le photographe Sammy Al-Hajj et le quatrième en détention prolongée en Espagne, Tayssir Allouni ; au point que le projet de bombardement de la chaîne par les États-Unis d’Amérique est accueilli sans protestation majeure de l’opinion internationale. Expulsée d’Irak au prétexte de favoriser la violence, sans pour autant que la violence ait diminué en intensité après son expulsion de ce pays), des tortures de Guantanamo et de la prison irakienne d’Abou Ghrib, au pillage du Musée National de Bagdad, aux mensonges sur les armes de destruction massive, au blocus de la bande de Ghazza, à l’embargo qui frappe l’économie iranienne, à l’espionnage du siège des Nations Unies, au prisons secrètes d’Europe et à la délocalisation de la torture.
Un nouveau monde présuppose une conjonction d’apports, non une amputation de la matrice identitaire de base. Constatant de telles atteintes aux droits de l’Homme, le rêve américain tourne au cauchemar planétaire.

Mercredi 15 Août 2007

L’omerta

Derrière les incantations démagogiques du pouvoir sur la souveraineté et la fierté nationales assénées à longueur de discours, jamais en effet l'action de gouverner n'a autant ressemblé à une opération «intérêts économiques bien compris contre impunité politique». Trente ans après sa tyrannie sanglante, Pinochet n'a échappé que par la mort à la justice qui le serrait de plus en plus près. À Buenos Aires, les tribunaux rattrapent les officiers de l'ex-junte argentine. En Algérie, rien de tel encore. Mais on aurait tort de croire que cette impunité serait définitive.

Cette omerta, ces yeux fermés sur les manipulations, y compris les plus grossières, du régime – que les responsables occidentaux ne se privent toutefois pas d'admettre en privé – ont conduit Alger à tout se permettre. En 2007, les «décideurs» s'estiment toujours et avant tout propriétaires de l'État algérien. Ils ne se soumettent ni à la loi ni à un quelconque devoir et ils ont un souci majeur : transmettre les titres de propriété sur les richesses du pays et les circuits de corruption à leurs «ayants droit». Ce n'est pas un hasard si beaucoup de hauts responsables ont veillé à ce que l'un de leurs fils au moins appartienne au DRS.

Mais le choix du conservatisme institutionnel ne constitue ni un projet ni une garantie pour l'avenir. Surtout quand la corruption, le règlement de compte, le clientélisme font office de culture d'État. Par le meurtre, la terreur sous toutes ses formes, la non-utilisation des compétences et le népotisme, la société algérienne a été vidée d'une part essentielle de sa substance : l'exil ou l'abdication face à la loi du plus fort sont depuis longtemps les seules portes de sortie. Sans avenir et avec une jeunesse ayant pour tout passé l'effroyable décennie 1990 – sur laquelle elle est sommée de tirer un trait –, c'est une véritable bombe sociale que des généraux corrompus et ne reculant pas devant le crime avaient amorcée.

Rétablir la vérité sur les événements majeurs qui ont marqué l'Algérie ces deux derniers siècles est plus qu'un devoir politique. Le passé est indispensable pour décrypter le présent et prévenir l'anéantissement de l'avenir. Opacité, fictions politiques et institutionnelles ont édifié un théâtre d'ombre derrière lequel le pouvoir algérien s'est toujours abrité, ainsi que son homologue français. Démystifier, briser l'omerta, devient dès lors un enjeu prioritaire pour comprendre la nature de ce système et, partant, l'origine même de la crise. Faute de quoi, le sens du problème - et donc sa solution - restera insaisissable. Et les crimes du passé, comme ceux de cette deuxième guerre, continueront, de faux répit en fausse solution, à dévorer les enfants de l'Algérie. Sans remords, on pourra alors continuer à considérer «incompréhensible» la violence qui a déstructuré notre société.

C'est pourtant ce déni de sens qui rend incompréhensible la crise algérienne, ainsi que ceux qui l'ont précédé ou suivi. Le cauchemar sanglant dans lequel l'Algérie s'est débattue depuis 1992, l'impossibilité de jeter les bases démocratiques d'une véritable stratégie de construction portée par la société ne sont que la conséquence de l'inaboutissement du rêve de liberté qui a poussé les Algériens à combattre la colonisation.

Au sortir de la sale guerre, les «décideurs» du pouvoir militaire et les dirigeants civils qu'ils ont cooptés disposent toujours de la rente générée par les hydrocarbures et de l'assistance financière internationale. Tout indique dès lors que la gestion et le contrôle du pays se perpétueront à l'identique, avec toutefois des formes vaguement modernisées dans l'économie et aussi archaïques concernant l'instrumentalisation de la violence. C'est la raison pour laquelle le devoir de tous les Algériens attachés à leur patrie est de déterminer les responsabilités des crimes et les violences de la «sale guerre» des années 1990.

le 11 septembre 2001 va permettre à Alger de faire oublier les décennies d'incurie, d'injustices, d'arbitraire et de non-droit qui ont conduit l'Algérie à la catastrophe. Et d'effacer jusqu'à l'existence d'une sale guerre qui a infligé tant d'années de souffrances aux Algériens. Comme si 200.000 morts et un million et demi de déplacés étaient finalement peu de chose. Une sorte de comptabilité macabre et désincarnée derrière laquelle il n'y aurait ni drames individuels ni vies fracassées, ni familles endeuillées ni centaines de milliers d'orphelins. Comme si la transformation de notre pays en champ de ruines et la dislocation planifiée de notre société, où l'argent fait désormais office de seule valeur refuge après que tout a été fait pour assassiner le politique, n'étaient que bavures et dégâts collatéraux. Or tous les récits des Algériens montrent que traumatismes individuels et collectifs il y a.

Au sortir de cette sale guerre, désormais officiellement qualifiée du vocable de «tragédie nationale», sans responsables ni coupables, le régime a imposé sans le moindre débat ce qu'il présente comme une «réconciliation nationale» et qui est avant tout une autoamnistie. Ainsi le pouvoir ne se contente plus d'avoir confisqué aux Algériens leur droit à l'autodétermination. Il leur impose une lecture de l'histoire fabriquée de bout en bout, qui transforme une guerre provoquée par la junte militaire en «premier affrontement d'envergure contre le terrorisme international». Le régime est préoccupé avant tout par sa volonté de tourner la page de cette guerre contre les civils afin d'obtenir l'impunité pour l'éternité. Cette absence de démocratie serre à plusieurs égards une France amnésique et diminue l’impact d’une exigence qui lui est adressée, au même moment, d'un travail de mémoire sur les méfaits de la colonisation, ici et ailleurs.

Mercredi 15 Août 2007

La presse algérienne

Mirages et réalités

 

La presse algérienne de ces 17 dernières années d’un pluralisme officiel, présentée comme étant l'une des plus libres du monde arabe, souvent saluée, pour son courage face à un environnement hostile, la presse algérienne constitue également un alibi pour un système obsolète qui n'admet aucun changement véritable.

Suite au soulèvement populaire du 05 octobre 1988 et au multipartisme de façade qui s’est instauré en conséquence, c'est le gouvernement de Mouloud Hamrouche qui, en 1990, supprime le monopole de l'Etat sur les médias. Pour aider au démarrage de la presse privée, il offre aux journalistes du secteur public trois ans de salaire. Outre des avantages bancaires et des exonérations d'impôts, les professionnels de la presse bénéficient de locaux publics opérationnels. C'est ainsi que naissent les quotidiens El Watan, le Soir d'Algérie ou El Khabar. Première publication privée, le Jeune Indépendant, un hebdomadaire fondé par Chafik Abdi, paraît en mars 1990. A la même période, les journaux partisans font aussi leur apparition. El Mounqid, un hebdomadaire en langue arabe appartenant au FIS, atteint des tirages de 500.000 exemplaires. Le RCD lance l'Avenir et Assalu, un journal en langue tamazight. Le FFS reprend Libre Algérie, un journal fondé à Paris par Ali Mecili. Alger Républicain reparaît avec une ligne éditoriale proche du PAGS. Le MDA fait sortir El Badil tandis qu'El Châab, quotidien étatique de langue arabe et El Moudjahid continuent de rouler pour le FLN. En peu de temps, les journaux dits "indépendants" fidélisent un large lectorat grâce à leur critique des hommes politiques et à leur dénonciation de certaines affaires louches. Mais les véritables décideurs du système algérien ne sont guère inquiétés par l'ensemble de ces journaux. Lorsque Mouloud Hamrouche est limogé, les marges de manœuvre de la presse diminuent. Le nouveau chef de gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, commence par suspendre l'édition arabophone de Parcours maghrébins, un hebdomadaire du secteur public. Raison invoquée : la publication d'un texte d'Ali Benhadj, le numéro deux de l'ex-FIS, emprisonné. La situation de la presse se complique davantage avec l'arrêt du processus électoral des législatives en janvier 1992. La majorité des titres applaudissent l'option des décideurs et oublient subitement que des élections venaient d'être organisées. A grand bruit, la presse salue la naissance du CNSA (Comité national de sauvegarde de l'Algérie), une structure née pour défendre la démarche des décideurs.

Le 22 janvier 1992, des journalistes d'El Khabar sont interpellés par les gendarmes à cause d'un encart publicitaire du FIS paru dans le journal. Le texte en question est signé par Abdelkader Hachani et appelle l'armée à respecter le choix du peuple. Les décrets de l'état d'urgence (09 février 1992) et celui relatif au terrorisme et à la subversion (octobre 1992) réduisent encore plus la liberté de la presse. Mais les responsables des journaux ne se plaignent pas. Au contraire, ils cautionnent l'arrêté ministériel du 07 juin 1994 (un texte resté confidentiel) qui définit le cadre de l'information "sécuritaire" et qui n'autorise à la publication que les bilans officiels des attentats. Cette réaction n'est guère une surprise puisque la majorité des directeurs de journaux font partie, eux même, du système. En effet, très peu de responsables de publications en Algérie n'ont pas transité par les journaux du parti unique. C'est d'ailleurs eux qui, dans bien des cas, se chargent d'exercer la censure dans les rédactions. En peu de temps de pluralisme médiatique, on commence à parler de "patrons de presse" et certains actionnaires de journaux gagnent un argent fou. Le terrorisme aidant, la vente des journaux ne décline pas.

Entre-temps, plusieurs dizaines de journalistes sont tués. Des assassinats dont on n'a jamais retrouvé les auteurs ! Au terme d'un coma d'une semaine, Tahar Djaout, directeur de rédaction de l'hebdomadaire Ruptures, succombe à ses blessures. Victime d'un attentat le 26 mai 1993, devant son domicile à Baïnem, petite bourgade côtière à l'ouest d'Alger, cet écrivain de renommée internationale est le premier journaliste assassiné. L'élimination de Tahar Djaout secoue les esprits. Le pouvoir s'empresse de trouver les faux auteurs du crime, acquittées par la suite. Entre 1993 et 1997, près de 70 professionnels des médias dont 52 journalistes sont assassinés. Les auteurs de ces crimes n'ont jamais été arrêtés. Il suffisait aux autorités de dire que c'était l'œuvre du GIA pour fermer le dossier de toute liquidation physique touchant les journalistes. Cette façon de procéder était également de mise pour les autres assassinats. Mis à part le cas de Tahar Djaout, la presse elle-même n'a pas fait l'effort d'exiger la moindre enquête sur ces assassinats. Un "comité vérité" sur l'assassinat de Tahar Djaout avait été installé, mais il avait cessé d'activer après l'élimination de quelques uns de ses membres (tels que Saïd Mekbel, célèbre chroniqueur au journal le Matin, tué le 4 décembre 1994, ou le psychiatre de renommée internationale, Mahfoud Boucebsi, assassiné à l'arme blanche le 15 juin 1993).

Le 12 avril 1997, vers minuit, quatre personnes en tenue civile, armés de revolvers, frappent au domicile d'Aziz Bouabdellah, à Chevalley, sur les hauteurs d'Alger, et crient : "Police, ouvrez !" Journaliste au quotidien arabophone El Alem Essiassi, Aziz Bouabdellah (âgé alors de 23 ans) est enlevé. Les recherches de ses parents au niveau de la police et de la gendarmerie ne donnent rien du tout. Les lettres adressées aux plus hautes autorités du pays ne font pas également avancer leurs investigations. Dans cette affaire aussi, peu de journalistes se sentent concernés par la disparition d'Aziz Bouabdellah. Journaliste à la radio, Djamil Fahassi disparaît non loin de son domicile, dans le quartier d'El Harrach, dans l'après-midi du 06 mai 1995. Père d'une petite fille, il avait laissé son enfant à la garde d'une personne de sa famille pour aller chercher de quoi manger. Condamné en 1991 à trois mois d'emprisonnement par le tribunal de Blida pour avoir rédigé un article paru dans El Forqane, un hebdomadaire de langue française du FIS dans lequel il critiquait l'armée, Djamil Fahassi est encore arrêté au début de l'année 1992 et il est parmi les 10.000 autres personnes envoyées dans les camps de concentration du Sud. Il passe 06 semaines dans un camp d'internement à Aïn Salah. Il est ensuite libéré sans avoir été inculpé ni jugé. Passionné de littérature universelle (grand admirateur de Yukio Mishima), Djamil Fahassi est toujours porté disparu. Un autre journaliste est également porté disparu et il a fallu attendre au début de l'été 2000, pour que son cas soit rendu public. Il s'agit de Salah Kitouni, journaliste à Ennour, une publication qui paraissait à Constantine et proche des tendances conservatrices.

La honte nationale

"Le RND a tenu son congrès, ce week-end, dans un climat de cynisme, d'hypocrisie et d'indécence incroyables. [...] Dans un discours pure langue de bois, qui n'a ni sens ni consistance, son président "autodésigné" ose dire que le "RND se tient aux côtés des nécessiteux." Le culot et l'impertinence d'une telle affirmation ne peuvent échapper à personne. Les "militants" les plus connus du RND sont des locataires attitrés des luxueuses demeures de la résidence d'Etat de Club des Pins, que d'aucuns nomment le Jurassik Park. Savent-ils encore ce qu'est un "Algérien nécessiteux" ? Savent-ils comment vivent les Algériens dans les quartiers populaires des grandes villes, entassés les uns sur les autres, vivant au-dessous du seuil de pauvreté et dans une promiscuité indescriptible ? Savent-ils comment vivent les Algériens de l'intérieur sur les Hauts Plateaux ? Comme des moutons guettant chaque nuit, la peur au ventre, l'arrivée des égorgeurs. Savent-ils comment vivent les Algériens du Sud oubliés du développement ? Non, ils ne savent rien de tout cela. Ils sont coupés du monde qui les entoure. Isolés dans leur propre pays, ils ne sortent, accompagnés de leur escorte, que pour se rendre à leurs bureaux. On ne les a jamais vus se promener seuls dans la rue en compagnie des Algériens normaux, ni partager "leurs nécessités". "La création du RND est une insulte à l'intelligence et à la mémoire collective des Algériens [...].", écrivait Sâad Lounès dans l'éditorial du quotidien El Ouma du 05 avril 1997, au lendemain du premier congrès du RND, parti créé principalement par le général Mohamed Betchine, conseiller du président Liamine Zeroual. La réaction des autorités à ce texte osé ne se fait pas attendre.

Le mercredi 09 avril 1997, un huissier se présente à l'imprimerie Sodipresse (unique imprimerie privée de la presse algérienne durant cette période) pour signifier la saisie des biens de l'imprimerie et la mise sous scellés de la rotative. Le lendemain, Sâad Lounès, directeur d'El Ouma, se rend à la brigade de gendarmerie pour protester contre cette mesure qu'il considère comme illégale. Le chef de brigade en informe le procureur qui lui demande de garder le journaliste dans ses locaux jusqu'à réception de nouvelles instructions. Ces dernières arrivent vite. Le procureur rappelle le chef de brigade pour l'informer que Saâd Lounès était recherché par mandat d'arrêt du tribunal de Chéraga, dans l'Algérois, pour émission de chèque sans provision, qu'il transmet par fax. Le journaliste est alors emmené, sous bonne escorte et présenté au procureur de Chéraga qui, après plusieurs consultations téléphoniques avec ses chefs, place Sâad Lounès sous mandat de dépôt à la prison d'El Harrach. Le lundi 14 avril 1997, le directeur d'El Ouma est présenté à l'audience publique du tribunal de Chéraga où son avocat demande le report du procès. Le juge refuse la liberté provisoire obéissant ainsi à une circulaire du ministre de la Justice de l'époque, Mohamed Adami, un homme du général Mohamed Betchine, qui interdisait aux magistrats d'accorder la liberté provisoire. A l'audience du 28 avril 1997, le directeur d'El Ouma est condamné à 30 mois de prison ferme. Rejugé en appel à la cour de Blida, après plusieurs audiences, Sâad Lounès est libéré le 15 juin 1997.

Entre-temps, peu de voix parmi la presse algérienne se sont élevées pour stigmatiser ces dépassements. Ce n'est pas le cas quand certains journalistes, proches d'un clan du pouvoir, ont ce genre de problèmes."[...] Si le RND réussit "par miracle" à glaner la majorité des sièges, les germes générateurs de violence et de terrorisme seront à nouveau plantés. Et à ce moment-là, la sécurité nationale ne connaîtra pas le répit tant attendu", ajoutait Sâad Lounès dans son fameux édito intitulé "Le parti de la honte nationale". Créé le 21 février 1997, le RND gagnait, grâce à la fraude électorale massive, les élections législatives du 5 juin 1997. Exactement comme prévu par Sâad Lounès qui notait que "parmi la foule de gens qui se sont embarqués dans cette malheureuse aventure du RND, sur la lancée des deux derniers scrutins présidentiel et référendaire, il y en a beaucoup qui l'ont fait avec l'idée qu'ils pouvaient impunément ''ficeler'' les élections et remporter facilement la ''majorité absolue''".

Lorsqu'au printemps de l'année 1995, le président Liamine Zeroual installe le HCA (Haut-Commissariat à l'amazighité), il prononce un discours. La télévision algérienne montre les images de l'événement, mais les téléspectateurs n'entendent pas la voix du chef de l'Etat. Les journalistes de la télévision ne savent même pas qui a décidé de censurer les propos du premier magistrat du pays. Non, en réalité, tout le monde sait ce qui s'est passé, mais c'est ainsi que fonctionne la machine. "La télévision algérienne est une machine qui fonctionne à coups de téléphone", avoue un jeune journaliste de ce média lourd. Mais d'où proviennent ces coups de téléphone ? "Leur origine peut être multiple, mais souvent ils émanent des cercles décideurs", estime une journaliste de la télévision. Quand l'AIS décrète, à l'orée de l'automne de l'année 1997, une trêve unilatérale, suite à des accords passés avec l'ANP, la télévision algérienne lit, dans son journal de 13 heures, l'intégralité du communiqué de Madani Mezrag, chef de l'Armée islamique. Mais dans la soirée de la même journée, l'information est passée sous silence. En quelques heures, les directives venues d'en haut ont changé. Dans la journée, les hommes d'un clan du pouvoir ont exigé la lecture du communiqué de l'AIS. Dans la soirée, le général Mohamed Betchine a envoyé ses hommes pour censurer l'information. Ancien responsable des services secrets, Mohamed Betchine, devenu conseiller du président Liamine Zeroual, avait entamé des discussions avec les dissidences du FIS avant de les interrompre lorsque le chef de l'Etat avait estimé que le "dossier du FIS est clos".

Au même moment, d'autres cercles du pouvoir ont continué les investigations visant à établir un accord avec l'AIS et ont, par la suite, atteint leur but. Nous dit-on que l'une des raisons de la démission de Liamine Zeroual, le 11 septembre 1998, est en rapport avec son refus de cautionner politiquement l'accord entre l'ANP et l'AIS. Durant la campagne électorale des présidentielles anticipées du mois d'avril 1999, le candidat Abdelaziz Bouteflika est le favori des décideurs. Toutes ses activités sont soigneusement filmées par les équipes spéciales de l'ENTV et les journalistes qui l'accompagnent sont sélectionnés. Ceux que l'on soupçonne de "rouler" pour Mouloud Hamrouche sont automatiquement écartés de la sphère. Les activités des autres candidats sont également montrées mais quand les "6" décident de se retirer de la course au poste de premier magistrat du pays, ils sont subitement interdits d'antenne. Qui a pris la décision d'ignorer les six candidats ? C'est encore un coup de fil. Mais pourquoi les journalistes de la télévision ne réagissent-ils pas à ces directives qui biaisent leur travail et leur enlèvent toute crédibilité ? Beaucoup d'entre eux confient, en privé, qu'ils ne sont que de "simples fonctionnaires obligés de gagner leur pain". Cependant, ces "fonctionnaires" profitent du système : logements et terrains à bâtir sont mis à la disposition des plus "serviles". Ceux qui, peu nombreux, sont réticents devant ce processus de normalisation autoritaire peuvent être inquiétés s'ils ont, par exemple, un problème avec le service militaire. Ces pratiques se retrouvent aussi dans le secteur de la presse privée. Ainsi, les éditeurs de ces publications dites indépendantes reçoivent régulièrement des logements de la part des autorités, logements qu'ils distribuent, à leur tour, à leurs protégés quand ils ne les revendent pas au prix fort dans un pays où la crise du logement fait des ravages. Après l'assassinat, le 18 octobre 1993, de Smaïl Yefsah, journaliste à la télévision, ses confrères de l'ENTV avaient, par miracle, réussi à rédiger un communiqué dans lequel ils disaient qu'ils voulaient simplement faire leur métier sans prêter main forte aux deux principaux belligérants de la crise algérienne, mais aucune suite n'a été donnée à ce texte. La routine a vite repris le dessus et de nombreux journalistes de l'ENTV sont allés sous des cieux plus cléments. Certains d'entre eux sont en train de mener, enfin, de véritables carrières professionnelles au sein surtout des télévisions arabes.

La télévision algérienne changera-t-elle un jour ? Intimement liée au système, l'Unique, comme elle est désignée par la vox populi, sera le parfait miroir des désirs et des volontés des décideurs. Il n'y a que la démocratisation véritable du pays qui pourra apporter un changement à cette douloureuse réalité. Cependant, cette démocratisation réelle est elle-même un processus complexe auquel les journalistes peuvent largement contribuer.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus