La faillite du parti-Etat FLN
Il apparaît évident que les dernières législatives doivent marquer la fin d’un règne : celui de l’autocratie et de la technobureaucratie au pouvoir depuis 1962. En effet, comment ne pas comprendre que lorsqu’une assemblée nationale est élue avec moins d’un électeur sur cinq, elle n’est représentative que d’elle-même et encore !
La débâcle électorale du 17 mai 2007, qui n'a épargné aucune formation, semble avoir été rapidement digérée par ce milieu partisan où l'on veut déjà mettre le cap sur le rendez-vous du scrutin des locales. Tout se passe, à ce niveau, comme si le comportement abstentionniste des électeurs, lors des législatives, n'aura été qu'un fâcheux épisode appelé à ne pas se reproduire, lors de la prochaine compétition électorale. Rares ont été les partis à admettre qu'ils ont été sanctionnés. Ceux prétendus de l'opposition se sont contentés de rejeter sur le pouvoir, sa gestion et ses pratiques, la désertion des urnes, alors que ceux de l'alliance présidentielle l'impute aux lois sur les partis et électorale qui, selon eux, ont dévoyé l'exercice du multipartisme et généré son rejet par les citoyens. Dans les deux cas, l'analyse et les conclusions pêchent par leur superficialité et leur refus d'impliquer la responsabilité des partis. N'y a-t-il pas un peu de bon sens dans ce pays pour faire prendre conscience du mal que nous sommes en train de nous faire et, surtout, de faire à nos enfants et aux générations futures ?
Si les statistiques annoncent que les citoyens ne se sont pas déplacés pour voter aux législatives parce que tout simplement ces élections ont connus moins d’intervention des organes de l’Etat, d’une part ; et d’autre part, les citoyens ne croient pas à l'acte électoral, en tant que moyen de changement, sous un régime autocratique et technobureaucratique. Ce n'est pas, en quelques semaines, qu'ils vont changer d'opinion et prendre le chemin des urnes pour absoudre, pouvoir et partis, des mascarades auxquelles donne lieu chaque rendez-vous électoral.
Aux partis, il est définitivement reproché de ne s'agiter et faire semblant de se préoccuper des problèmes des citoyens qu'en ces occasions. Au pouvoir, d'être totalement autiste aux revendications populaires et d'avoir recours au suffrage universel uniquement pour donner l'illusion d'une adhésion citoyenne à sa gouvernance.
les expériences récurrentes négatives ont convaincu les électeurs que les changements dont ils sont en attente à tous les niveaux, ne se produiront pas tant que la volonté populaire ne sera pas prise en compte ou exploitée pour assouvir des ambitions et des intérêts personnels ou de clans.
Tout comme l'APN, les APC et les APW ne sont plus regardées par les citoyens comme des institutions agissant par délégation de la volonté populaire. Alors, quand pour solliciter le vote de ces citoyens afin d'y être représentés, les partis font des promesses sans retenue, et dont ils savent qu'elles seront sans lendemain, il ne faut pas s'étonner que le désintérêt populaire pour l'acte électoral ne soit pas près de disparaître. Cette réalité évidente ne semble pas interpeller, outre mesure, le partisan qui se prépare à aller aux élections municipales avec la même imperturbable conviction qu'il est la médiation représentative entre les populations et le pouvoir.
Tout le « brouhaha » fait par les partis politiques de la coalition, de l’alliance pour dégager leur responsabilité du naufrage est vain. Mais là n’est pas le fond du problème, le divorce entre la société et sa classe politique ne date pas d’aujourd’hui. C’est un fossé qui s’est creusé tout au long de ces années d’indépendance. Ici, il faut noter que l’indépendance de l’Algérie n’était et n’est que partielle, car libre mais toujours dépendante de
Le bilan, c’est qu’en 45 ans d’indépendance politique fictive, nous avons construit une dépendance économique et politique réelle, rompu le lien social et ruiné l’âme de ce pays, avec des niveaux de corruption très élevés, rendant une classe politique, qui fait dans le populisme, extrêmement impopulaire. Le discours sur les réalisations socioéconomiques depuis l’indépendance est creux. La construction d’écoles, d’universités, d’hôpitaux etc., avec une manne pétrolière considérable de l’ordre de plus de 400 milliards de dollars, ne relève pas de l’exploit encore qu’il faille se demander comment fonctionnent ces établissements et à quels résultats sommes-nous arrivés lorsque, pour soigner notre Président, dans les années 2000, nous avons dû l’envoyer dans un hôpital militaire du Val-de-Grâce de l’ex-colonisateur. Et dire que le nombre de nos médecins spécialistes contrains à s’exilé est très important. Le paradoxe est que
Une seule chose a changé dans notre horizon bouché : l’enfermement magnifié par le culte du « barreaudage métallique » de nos fenêtres et portes. Après avoir chassé les colons et ses soutiens locaux, nous avons chassé nos amis, ensuite ce fut le tour des personnes qui ne pensaient pas dans l’unicité, la violence d’un radicalisme de tous bords chassa ceux qui n’étaient pas acquis à « l’obscurantisme », en instrumentalisant la terreur. Enfin, les « anciens pauvres », enrichis par le vol et la corruption, poussent nos jeunes à se suicider ou à se noyer en Méditerranée en voulant atteindre l’autre rive. Sans changement radical, l’avenir de l’Algérie est sombre. La fin du colonialisme a été remplacée par un néo-impérialisme plus pernicieux, qui n’a pas besoin de vous occuper territorialement pour vous piller. La « prédation économique et sociale » est une mécanique implacable que les puissances économiques occidentales savent manier avec une extrême dextérité avec des complicités locales au centre du pouvoir. L’état de l’Afrique, en général, et de l’Algérie, en particulier, montre le résultat de cette prédation.
Aujourd’hui, nous sommes plus dépendants du marché extérieur que dans les années 1960 et ce n’est pas une réserve de change, aussi importante soit-elle, qui peut cacher cette vérité. En effet, lorsqu’une rente minière (les hydrocarbures) représente plus de 50% de votre Produit intérieur brut (PIB) et 98,2% de vos exportations (les produits alcoolisés une bonne partie de ce qui reste), elle informe de votre incapacité en tant que nation de produire de la richesse renouvelable et de qualité. Cela prouve aussi que nos dirigeants ne boivent pas que de la limonade, des sorbets ou des sirops sucrés. Les carafes circulent à grand train, l’élixir puisé à pleines jarres ; le teint cramoisi et même écarlate de certains en est la meilleure preuve. Une pareille situation informe également sur votre faible niveau technologique et scientifique, les bons éléments traversent rapidement
L’Algérie et ses dirigeants politiques ont agi et participé à ce qu’une vision, celle voulue par les puissances extérieures, prédomine. Sous couvert de discours d’opposition et d’indépendance de la décision nationale, ces derniers ont agi sous leurs ordres explicites et implicites. Concernant l’électrification du pays à pas de charge, sans développement de capacités nationales de reproduction, nous avons aujourd’hui les éléments nous permettant d’affirmer que cette dernière a été réalisée pour soutenir l’industrie de la construction électrique occidentale (General Electric, Westinghouse, ASEA, Brown Bovery Company etc.), en crise dans les années 1970. L’Algérie, comme beaucoup de pays en voie de développement, à l’aide de prêts (recyclage des pétrodollars) et de corruption à large échelle, a acheté des équipements électriques pour faire passer la crise aux pays développés fournisseurs. Un auteur John Perkins qui, dans ses confessions d’un assassin financier, nous décrit sa manière d’agir (quasi-criminelle) en tant qu’agent de l’Etat américain dans un bureau d’études international privé de renom, pour imposer à nos pays la réalisation d’infrastructures coûteuses. Il écrira que « l’électrification de l’Indonésie faisait partie d’un plan global visant à assurer la domination américaine en Asie du Sud-Est ». Ce qui se joue aujourd’hui est du même ordre. C’est d’ailleurs une aberration que d’avoir autorisé l’implantation de concessionnaires automobiles sans au préalable demander, dans ce cas au moins, comme l’ont fait d’autres pays d’ailleurs (Inde, Iran, Chine etc.), une intégration nationale minimale. On ne peut accepter en toute conscience que 2,2 milliards de dollars en 2006 soient offerts aux firmes de l’automobile et aux concessionnaires locaux (une usine de montage automobile coûte seulement 200 millions de dollars) pour que quelques Algériens roulent en voitures particulières (un Algérien sur dix), sans compter le coût de la pièce de rechange et les accidents de la circulation. Il en est de même pour les importateurs du médicament qui se doivent de développer une production locale pour réduire une facture qui a dépassé, en 2006, les 780 millions de dollars.
L’excuse de l’OMC ne tient pas la route comme d’ailleurs la forte dévaluation de la monnaie nationale. En effet, quelle est l’importance d’intégrer l’OMC ou de posséder une monnaie nationale faible lorsqu’on est un pays mono-exportateur d’hydrocarbures ? Les économistes sérieux vous répondront : aucune. Pourquoi vouloir faire partie aujourd’hui de l’OMC, avec une industrie moribonde (l’industrie représentait 16% du PIB en 1985 et seulement 6% aujourd’hui), une agriculture qui ne nourrit pas sa population (3,5 milliards d’importations agroalimentaires, facture en augmentation constante qui sera de 5 milliards de dollars dans les trois (3) ans à venir) et un dinar fortement dévalué (la dévaluation a atteint environ 1800%) ? On est passé de 1,20 FF pour 1 DA à 100 DA pour 1 euro qui vaut 6,57 FF. Une dévaluation ne doit être pratiquée en théorie, que lorsqu’il faille récupérer une compétitivité externe ou encore rétablir une balance courante structurellement déficitaire. C’est-à-dire rendre compétitive une production nationale qui a du mal à s’écouler sur les marchés extérieurs, ou rendre plus chères des importations pour rendre compétitive une production locale sur le marché intérieur. Vous remarquerez que rien de cela ne concerne l’Algérie qui exporte facilement les hydrocarbures et protéger une production locale (quand elle existe), il y a d’autres moyens tarifaires et non tarifaires qui ne jettent pas soudainement, une population nombreuse dans la précarité et l’exclusion. Le prix de la force de travail n’est pas le seul critère pour la localisation des investissements nationaux ou directs étrangers. D’autres critères comme la formation, la dextérité, l’environnement, l’Etat de droit, la qualité de la vie, le système bancaire et financier, la perception de la corruption, etc., permettent de mieux distinguer l’attractivité des territoires. Pratiquer le libre échange intégral quand on est un pays monoexportateur, dont l’industrie est récente, constitue un suicide économique annoncé que ne peut empêcher même une arrivée massive, mais très hypothétique, d’investissements directs étrangers (IDE). Les forces extérieures qui nous poussent dans cette voie, veulent en fait « nous retirer l’échelle du développement » pour rester seules en piste comme tente de nous le faire entendre Ha-Joon Chang et en nous faisant remarquer que les chantres du néolibéralisme ont été dans un passé récent et encore aujourd’hui de fieffés protectionnistes. « Faites ce que je vous dis et ne regardez pas ce que je fais ». Vendre un produit à l’Europe, au Japon ou aux Etats-Unis n’est pas chose aisée devant la montagne de normes, de procédures et de contrôles auxquels il doit satisfaire ; qui représentent à la fois une mise à niveau de la qualité de notre production mais aussi des obstacles protectionnistes des économies occidentales. Les investisseurs étrangers qui sont venus ont pour moins de 10 milliards de dollars de stocks d’IDE, exporté un flux de plus de 5 milliards de dollars de profits en 2006.
En conclusion, la faillite constatée du parti-Etat et de sa classe politique doit être utilisée pour porter le débat de l’avenir de l’Algérie dans l’espace public. Il faut demander aux Algériens ce qu’ils veulent. Ce dont ils ne veulent plus, ils l’ont dit lors des dernières législatives : ils ne veulent plus que le parti FLN régente leur vie. On peut même dire que la majorité des algériens ont développés une allergie à ce nom et tous ce qui tourne autour de lui. Pour le bien de l’Algérie, il faut l’emmagasiner dans un musée. Après le parti unique et ses acolytes c’est la télévision unique dont ils ne veulent plus. Mais ce qu’ils veulent peut-être résumer modestement dans les pistes suivantes est un processus de croissance qui permette une hausse significative de l’emploi avec incorporation généralisée et continue du progrès technique. Il s’agit d’aider le secteur économique pour le porter à produire des biens de qualité internationale. Il faut davantage favoriser le producteur, l’industriel que le commerçant. La recherche de prix relatifs adéquats avec un pouvoir d’achat suffisant, permettant de se nourrir, de s’habiller, de se soigner, de se loger et être transporté dans des conditions dignes. Le prix du logement et du loyer doivent être à la portée des jeunes, quitte à être soutenus, pour éviter la fracture sociale et intergénérationnelle. Une école qui forme des Algériens avec un sens critique, attachés à leurs valeurs, leur identité et leur repère religieux et ouvert sur le monde doit également être un chantier prioritaire. Cette école doit être polyglotte pour une utilisation normale des fonds documentaires disponibles. Etre monolingue dans un monde arabe dont une bonne partie de sa population est quasi analphabète et qui produit moins d’ouvrage que