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Vendredi 13 Avril 2007

L’ambition impatiente du président Sarkozy

Partisan du chiffre, il traque les banlieues avec une police qui se sent pousser du zèle.

Avril 1983. L’acte fondateur du «sarkozysme» politique est sa prise de la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Nicolas Sarkozy restera maire de Neuilly jusqu’en mai 2002, date à laquelle il est nommé au ministère de l’Intérieur. En novembre 2004, élu à la présidence de l’UMP, le futur candidat à l’élection présidentielle quitte le gouvernement... avant de redevenir ministre dans celui de Dominique de Villepin, en juin 2005. Le 30 novembre 2006, le président de l’UMP a franchi le pas : il est officiellement candidat à l’élection présidentielle. Partisan du chiffre, il traque les banlieues avec une police qui se sent pousser du zèle.

Le 13 février 2006, le ministre de l’Intérieur français, s’exprimant sur la radio RMC-Info, s’est déclaré favorable à la création d’un fichier national révélant les origines ethniques des délinquants. Par cette déclaration, le ministre légitime, implicitement, l’explication des comportements asociaux par l’origine ethnique, une des théories à la source de la doctrine de la «Tolérance zéro», appliquée à New York par le maire républicain.

Souvent, la presse française consacre un dossier spécial à la délinquance dont une large part est consacrée à l’origine des délinquants. Rappelons qu’un des principes fondamentaux des droits de l’Hommes est de considérer chaque homme comme libre et égal en droits, quelle que soit son origine, ce qui implique que l’État s’interdise un traitement selon les origines ethniques des individus, y compris des délinquants.

Pour sortir de la confusion et de l’orchestration de la désinformation dans laquelle nous avons été plongés dès le début des faits et en paraphrasant Dominique Franche qui a établit un méthodique travail de déconstruction de la logique de pensée ethniste, en montrant les tenants et les aboutissants, je dirai que l’analyse rigoureuse de la duplicité des gouvernements occidentaux permet de comprendre cette manipulation des masses en les divisant en communautés de la peur.

Depuis la colonisation, sous laquelle les missionnaires « pères blancs » furent les véritables importateurs de la logique raciste, le vieux dicton « diviser pour régner » fit école chez les élites occidentales... imposée à des sociétés différentes qu’ils ne cherchèrent pas à comprendre, reproduit dans les anciennes colonies le schéma qui en Europe fit des Aryens la « race supérieure », elle débouchera, entre autres, sur la discrimination systématique des populations indigènes, y compris en métropole.

Par la ‘‘droitisation’’ de son discours et le durcissement de son ton, le candidat de l’UMP cherche à débarrasser en partie la droite de ses zones d’ombre ! Fustigeant toute idée de repentance, M.Sarkozy veut assumer toute l’histoire de France. Il reçoit toutes les organisations qui ont des contentieux, c’est le cas notamment des harkis qu’il oppose aux autres beurs, des Amazighs qu’il oppose aux Arabes, des femmes qu’il incite à se révolter. Pour lui, la colonisation a du bon. « Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire » a-t-il déclaré à Nice le 30 mars 2007, « Elle n’a pas commis de génocide, elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les Droits de l’homme. Je veux dire que, pendant la guerre, tous les Français n’ont pas été pétainistes, (...) que dans les colonies, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs, il y avait parmi eux beaucoup de gens courageux qui n’avaient jamais exploité personne, qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles ». Pour le politologue Dominique Reynié, M. Sarkozy avait deux choix possibles pour répondre à l’angoisse des Français face à la mondialisation : « L’exaltation de l’avenir et de l’innovation par nature anxiogène ou le retour à la tradition au risque de la glorifier à l’excès. Il choisit visiblement cette seconde solution, continue-t-il, en passant par le terrain de la révision idéologique » M. Reynié précise : « Ce faisant, il reste authentiquement un homme de droite qui pense, par exemple, qu’il y aurait un génie des peuples, une prédestination, qui les pousseraient à faire le bien ou le mal». Une sorte de destinée manifeste à l’américaine. Boulimique, hyperactif, l’homme détient un double record, difficilement égalable, celui des passages télévisés (4200 en dix ans 1996-2006), soit plus d’une fois par jour et des lois répressives. Au ministère de l’Intérieur, malgré tous ses déplacements musclés et médiatisés sur le terrain et ses onze textes de loi en cinq ans, la criminalité ordinaire a augmenté en France où la violence faite aux personnes a augmenté de 09% depuis 2002. Donnant une dimension policière à sa politique -«Je veux tout voir et tout savoir»- de sécurité avec des résultats aléatoires, il a aggravé les problèmes lancinants de la société française ; rétablissant la délation.

Ainsi, le 5 mars 2003, alors que le président français à Alger serrait la main de Yacef Saâdi, l’ancien adversaire algérien du général Jacques Massu dans la bataille d’Alger, durant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), Nicolas Sarkozy refaisait décoller, le jour même, à une heure de décalage, le premier «charter de la honte» à destination de l’Afrique, occultant ainsi l’éclat de cette réconciliation nécessaire entre l’ancien colonisateur et son ancienne possession.

L’outrage habite cet homme qui a fait de l’invective, son outil de communication privilégié. Son passage au ministère de l’Intérieur, s’il n’a pas réduit la délinquance, a, en revanche, enrichi le vocabulaire politique de deux de ses plus beaux fleurons de la stigmatisation française : Racaille et Karcher. Bon nombre d’observateurs lui imputeront l’exacerbation de la flambée périurbaine de l’automne 2005 par ses outrances verbales et ses rodomontades. Nicolas Sarkozy se choisira comme conseiller exclusif pour la neutralisation des troubles des banlieues françaises, M.Avi Dichter, ministre de la Sécurité publique du gouvernement d’occupation en Palestine, celui-là même qui est en charge de la répression sanguinaire de l’Intifada palestinienne. Nicolas Sarkozy est un être mal latéralisé, qui ne distingue pas sa gauche de sa droite et qui confond la droite et l’extrême-droite...Que les intellectuels de cour lui rappellent à l’occasion ces quelques vérités d’évidence : à savoir que le principal gisement de la Francophonie du XXIème siècle se situe en Algérie, au Maghreb ainsi que sur le continent noir, c’est-à-dire les destinations actuelles des «charters de la honte».

Après la sinistre aventure du colonialisme européen et surtout français de la Renaissance à nos jours, Nicolas Sarkozy donne sa définition d’un musulman: «Cela n’a rien à voir avec la religion. Quand on est Musulman, ça se voit sur la figure. Il y a bien des gens qui aimeraient ne pas l’être et qui le sont uniquement dans le regard de l’autre.» Dans la République à la mode Sarkozy, la politique migratoire se ferait en fonction du prototype identitaire français. L’immigration serait refusée à celui qui ne connaît pas la langue française, qui a une tenue vestimentaire qui dépareillerait la France, qui a un nom à consonance particulièrement étrangère et étrange, à celui qui est polygame, à celui qui égorge son mouton de l’Aïd dans une baignoire, et qui n’est pas imprégné de culture, de littérature, de civilisation française, qui n’est pas pétri du patriotisme et des «valeurs» de la République.

Les « bougnoules » de la fin du XIXème-début du XXème siècle, les « sauvageons » depuis les années 80, autant d’expressions qui trahissent l’imaginaire des Français et des Blancs en général et les vieux archétypes valorisants et bien pratiques : le « nègre Banania », le « burnous qu’il faut faire suer », le « pas de pétrole mais des idées », etc. Pourtant combien de centaines de milliers de ces « niaquoués » sont morts pour des guerres d’Occidentaux qui ne les concernaient pas, combien furent massacrés quand ils eurent le toupet de revendiquer un statut de citoyens en échange des services rendus avec leur sang ; mais ils sont restés vénus hottentotes et phénomènes de foire exposés en cage pendant les « expositions coloniales », chair à canon, chair aux nazis...

Comme un Colbert qui libérait les « esclaves » venus des îles qui posaient le pied en douce terre de France mais instaurait le sinistre Code noir de l’esclavage...Cette prétendue supériorité de l’homme blanc s’est instaurée dans les esprits d’une façon ambiguë et perverse.

L’apartheid soft à la française, dans la patrie des droits de l’Homme, l’impensé colonial, le racisme républicain (Jules Ferry), la culture de l’impunité et de l’amnésie (à propos de Papon), Pieds-noirs et Pères blancs (en Algérie)... La France sera livrée aux néocolonialistes par une politique d’intégration qui intégrera tout sauf l’indigène...

On peut ajouter, les positions actuelles des pays riches sur le « terrorisme » des minorités, « l’omerta républicaine » au pouvoir en France, la position paradoxale des USA champions autoproclamés de l’esprit libéral et de la démocratie mais surtout caution des régimes les plus injustes et réactionnaires du monde entier, la « solidarité expiatoire » du monde chrétien avec les juifs, qui lui permet de « purger » à peu de frais son passif auprès de ces derniers en « bouffant de l’Arabe » et en soutenant l’occupation de la Palestine et l’occupant sioniste dans sa guerre d’extermination du peuple palestinien.

Nous militons pour « qu’à la loi de la jungle d’un monde unipolaire propulsé par les conglomérats multinationaux », se substitue enfin une véritable « politique des égards » entre les Hommes.

publié par Ali SAMI dans: intelligencia
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