Quel statut juridique pour les soldats français
de l’armée sioniste ?
Alors que le ministre de
Arno Klarsfeld (ami et conseiller du ministre français de l’Intérieur sortant et candidat au présidentielle Nicolas Sarkozy) réserviste de l’armée sioniste, risque-t-il d’être poursuivi en France pour complicité dans les crimes de guerre commis au Liban ?
Un citoyen français engagé volontaire dans une armée étrangère en opération de guerre contre un peuple ami, sans mandat explicite du gouvernement français, peut-il se prévaloir de la nationalité française ?
Le mutisme est complet sur ce point, refoulé au tréfonds du subconscient national telle une consigne implicite tant de la classe politique que dans les médias. Certes le sujet fâche, car il fait tâche. Mais la fameuse solidarité avec un peuple occupant un pays qui ne lui appartient pas (pour légitime qu’elle puisse être pour de larges secteurs de l’opinion occidentale !!!) ne saurait occulter le débat de fond que cette question pose tant au niveau du droit que de la morale.
La situation de Gilad Shalit présente en la circonstance un parfait cas d’école. À ce titre, il peut paraitre opportun qu’il soit soumis, pour avis, aux autorités juridictionnelles compétentes (Conseil d’État, ministère de
Caporal de l’armée sioniste capturé le 25 juin 2006 par des Palestiniens, Gilad Shalit peut-il se prévaloir de la nationalité française et réclamer es-qualité l’intervention diplomatique du gouvernement français ? Son engagement dans l’armée sioniste, sans mandat gouvernemental français, entraîne-t-il, sinon la déchéance de sa nationalité, à tout le moins la caducité de son droit à invoquer la protection de la nationalité française ?
Le Quai d’Orsay a donné à savoir à diverses reprises qu’il s’impliquait dans la libération du caporal Shalit - non pas tant pour des raisons humanitaires (ce qui peut paraître à la limite concevable), mais du fait de sa « nationalité française » -, omettant de préciser que ce citoyen se trouvait en opération de guerre dans une armée étrangère, une armée d’occupation, contre un peuple supposé ami de
Mutatis mutandis, un Français de confession musulmane qui choisit d’effectuer son service militaire au Soudan en guerre contre le Tchad, ou un arabe chrétien de nationalité française qui sert dans les rangs de l’armée ivoirienne, continueraient-ils de bénéficier, eux, de la protection de la nationalité française dans l’hypothèse de leur capture où pèseraient sur eux immanquablement la suspicion.
Le cas de Gilad Shalit ne constitue pas un cas isolé. Ainsi un bi-national franco-allemand qui choisit de servir le drapeau d’un pays tiers par affinité religieuse, en exerçant non une option de nationalité mais une requête en naturalisation, a-t-il vocation à assumer des fonctions de conseiller ministériel dans son pays d’origine ?
Son statut de réserviste d’une armée en guerre contre un pays ami de
La nomination de Arno Klarsfeld, avocat français et réserviste de l’armée sioniste, au poste de conseiller du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy sanctionne-t-elle la carence française dans le domaine des compétences ou relève-telle d’une manœuvre électoraliste ?
Au-delà du cas Shalit, se pose le problème plus général de la dualité d’allégeance des franco-sionistes, dans l’exercice de responsabilités politiques ou militaires en France ou en Palestine occupée, particulièrement en temps de guerre. Aussi paradoxale qu’hypocrite, Cette même dualité n’est soulevée que pour les franco-arabes ou franco-africains de confession chrétienne ou musulmane. Car ceux-là sont systématiquement désignés, à défaut de traitres, comme des intégristes ou même terroristes.
La double allégeance justifie-t-elle la confusion juridique ? Exonère-telle de toute obligation de réserve au point de se vivre comme un passe-droit ? Cela préfigure-t-il la collaboration future entre les diverses composantes de l’« Axe du Bien », telle qu’elle est préconisée par les néoconservateurs états-uniens et leurs relais français ? Un axe constitué, selon ses promoteurs, par les États-Unis, l’occupant sioniste, et au-delà par la droite française et le judaïsme institutionnel français (face à un « Axe du Mal » regroupant grosso modo le tiers-monde arabo-musulman bariolé) ; un axe auquel le ralliement de Philippe de Villers, représentant de la droite traditionnelle, découvreur des mosquées souterraines de l’aéroport de Roissy, est la manifestation la plus pathétiquement symptomatique.
La question peut paraitre dérisoire au regard des enjeux de puissance que sous-tend cette nouvelle guerre, guerre des 33 jours, des morts et destructions de l’été 2006 qui s’en sont suivis au Liban.
Alors que
Toute explication sur une question qui demeure dans le flou serait la bienvenue pour l’édification des générations futures.