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Mercredi 14 Mai 2008

Le sionisme chrétien

dimension fondamentale du conflit arabo-sioniste

 

A l’inverse du réductionnisme méthodologique, notre approche du conflit arabo-sioniste reposera sur une analyse de type systémique : il s’agit d’être attentif moins aux objets qu’aux relations. Le sens d’un fait ne réside pas seulement dans ses caractéristiques propres, mais aussi dans la trame des rapports qui se tissent autour et à travers lui.

 

Dans cette analyse, le conflit entre l’entité sioniste et la Palestine forme et constitue un système qui n’est intelligible que dans la mesure où nous l’inscrivons dans un méta-système qui est constitué par la relation conflictuelle entre l’Occident et le monde arabe et musulman. Cette relation mérite elle-même d’être articulée avec la relation conflictuelle entre le Nord et le Sud (ou pour reprendre une autre image le Centre et la Périphérie ).

 

Ces élargissements successifs ne sont pas uniquement spatiaux. La profondeur temporelle se trouve elle aussi affectée et il convient, pour ne pas réduire la compréhension du conflit arabo-sioniste à sa temporalité immédiate, de contextualiser selon une longue histoire ce conflit. Ici, nous voudrions tordre le coup à une idée répandue qui le fait remonter à Theodore Herzl et son projet colonial datant de la fin du XIXème et du début du XXème siècles.

 

En réalité, nous voudrions souligner que ce conflit n’est pas intelligible si nous ne saisissons pas les enjeux d’une dynamique concrète, sociale et historique qui est celle de la Réforme protestante aux XVIème et XVIIème siècles. En effet, nous voudrions rappeler que la genèse du projet colonial sioniste procède d’une certaine théologie chrétienne protestante.

 

Cette analyse systémique particulière se doit d’être également transdisciplinaire car les ressources de la seule science politique ou du droit international ne sont pas suffisantes. La théologie et l’anthropologie culturelle doivent aussi être mobilisées. Mais la transdisciplinarité ne se contente pas de la seule sphère de la raison académique et dans notre compréhension de ce conflit ce sont aussi les forces de l’intuition que nous voulons convoquer.

 

Les Occidentaux, régulièrement, à travers leurs médias, leurs intellectuels et leurs dirigeants politiques, considèrent que la paix entre juifs et Palestiniens suppose l’intervention d’un tiers neutre ou, en tout cas, d’un tiers qui n’as pas de responsabilités directes dans la cause du conflit. Conflit entre « Juifs et Arabes », entre « Juifs et Musulmans », les lectures schématiques abondent.

 

Le point commun entre elles, outre leur essentialisme, est que l’Occident se voit exonérer de toutes ses responsabilités originelles. Les Occidentaux considèrent même qu’ils font le pari de la paix en critiquant les uns et les autres. En fait, si la terre palestinienne, et par extension la terre arabe, est le lieu de l’existence (au sens de manifestation) du conflit arabo-sioniste, son essence (ses causes profondes) réside dans l’histoire même de l’Occident, de l’Europe issue de la Réforme aux Etats-Unis. Le projet sioniste en Palestine (c’est-à-dire l’installation des Juifs en terre palestinienne) ne relève pas uniquement du judaïsme comme le prétendent beaucoup de personnes, mais d’une dérive politico-théologique qui remonte au christianisme, plus particulièrement protestant.

 

Sola scriptura ! Par l’Ecriture seule ! Ce principe est l’un des axes fondamentaux de la Réforme protestante initiée par Luther (1488-1546). Il affirme que la Bible (l’Ancien Testament et Nouveau Testament) est la référence ultime de la foi chrétienne. Alors que la version latine de la Bible (Saint Jérôme, Vème siècle) est, de facto, monopolisée par les élites religieuses et intellectuelles de l’Europe chrétienne, la Réforme (dite aussi réformation) démocratise en quelque sorte l’accès aux écritures dites saintes. Les traductions dans les langues vernaculaires se développent et les Protestants jouent un rôle essentiel dans ce processus religieux et culturel (la traduction de Luther en Allemand).

 

Dans quelle mesure ce principe, Sola scriptura, intervient-il dans notre questionnement de départ, à savoir la collusion originelle entre christianisme, protestantisme et projet sioniste en Palestine ? En fait, cette fameuse démocratisation et l’élévation de la Bible au rang de clé de voûte d’une identité chrétienne centrée sur le Christ s’est réalisées dans un contexte historique particulièrement conflictuel. Rappelons, pour notre propos, que durant les XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, l’Europe romaine se lança dans un processus de « reconquête » religieuse afin de contrer la Réforme. Dans le sillage de cette Contre-réforme, ou « Réforme Catholique », les Protestants subissent d’innombrables persécutions.

 

Or, cette situation devait laisser sur la conscience protestante une empreinte singulière et, dans le contexte de la généralisation de la Bible , elle favorisait à une identification avec les Fils d’Israël persécutés dans l’Egypte des Pharaons. On peut légitimer considérer cette théologie identitaire comme étant l’une des sources de la solidarité « civilisationnelle » qui cohére le monde occidental et l’entité sioniste.

 

Cette théologie protestante qui identifie les Protestants persécutés des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles aux Fils d’Israël de l’Antiquité va trouver en Amérique du Nord une terre d’accueil. A bien des égards, le rapport entre les Etats-Unis et l’entité sioniste, loin d’être réductible à une simple alliance politico-militaire conjoncturelle, se voit enraciné dans l’histoire anthropologique de pays.

 

 

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